La créativité, cela ne s'apprend pas. Caroline Wozniacki vient de tomber dans son propre piège. Vera Zvonareva ne lui donne pas de points, il faut aller les chercher. Et la Danoise voit se refléter toutes ses limites actuelles dans cette défaite (6-4, 6-3 en 1h25') en demi-finale. Quand elle doit faire le jeu, elle déjoue, elle force et perd sa lucidité. Habituée à jouer les métronomes, elle multiplie les fautes. En un quart d'heure, elle en totalise déjà une dizaine, autant que lors de son match contre Maria Sharapova... « Caroline Wozniacki n'avait pas de solution et elle a été un peu rattrapée par la pression», résume Amélie Mauresmo, consultante pour Eurosport lors de cet US Open.
Plus stable, plus calme et plus créative, Vera Zvonareva délivre un match très solide malgré le vent, toujours très gênant. Patiente, elle attend son heure. Plus puissante, elle n'hésite pas à aller chercher les points au filet sur chaque balle courte à l'image de ses deux volées gagnantes pour remporter le premier set (13 points sur 17 montées). A l'échange, elle recherche la longueur, varie avec quelques amorties bien distillées ou des montées à contretemps et Caroline Wozniacki ne trouve pas la faille. Fair-play, Caroline Wozniacki ne se cherche pas d'excuse. Le vent ? « Bien sûr, il y avait du vent, mais c'était la même chose pour nous deux. » La fatigue ? « Non, je ne me sens pas fatiguée.» Alors l'explication est simple : « J'ai commis quelques fautes et elle a pris l'avantage. Elle a réalisé un grand match, elle a vraiment très bien joué et elle mérite sa place en finale. »
Simplement dépassée... Caroline Wozniacki dresse un bilan lucide. Et la Russe ne l'aide pas en servant beaucoup mieux que son adversaire. A l'abri sur ses engagements (65% de premières balles, 70% de points gagnés sur ses premières), elle se donne de l'oxygène pour sa relance. Et elle trouve le bon dosage entre l'attaque et la régularité : «Il fallait trouver le bon équilibre entre la patience et l'agressivité. Avec le vent, tu ne dois pas t'attendre à jouer ton meilleur tennis. C'est ce que j'ai fait. Je ne m'attendais pas à jouer mon meilleur tennis, j'ai essayé d'être patiente quand j'en avais besoin et d'être offensive quand j'avais ma chance.» A 26 ans, la 8e mondiale gère mieux ses émotions et ne se frustre plus à la moindre contrariété. Quand ses cordes cassent comme du cristal sur du marbre pendant le match, la finaliste de Wimbledon ne tombe pas dans l'autodestruction. Elle change quatre raquettes et reste dans sa bulle. Sa cadette jette quelques regards désemparés vers papa Piotr qui ne peut venir au secours de sa fille comme sur le circuit.
Avec le stress de son nouveau statut de favorite lié à ses treize victoires consécutives, le coup droit de la Danoise (20 fautes directes sur ce coup, 31 au total) se délite. Avec le sentiment de manquer d'armes, elle oublie ses forces : la régularité et la couverture de terrain. Dans le dernier jeu, elle déjoue, commet trois fautes directes et use de l'amortie comme un aveu d'impuissance. A 20 ans, la vision d'un premier titre du Grand Chelem et d'une première place mondiale dresse parfois un voile noir entre le rêve et la réalité. - Sophie DORGAN, à New-York