[an error occurred while processing this directive]
« Si je gagne, c'est fabuleux. Si je perds, c'est encore plus fabuleux. » Avant son troisième tour, Gilles Simon donne le ton. Pendant le match, il corrobore ses propos et s'incline (6-4, 6-4, 6-2 en 1h59') contre Rafael Nadal. Après la rencontre, il reste cohérent. Déçu, papa Simon ? « Non (sourires). J'ai fait ce que je pouvais, j'ai essayé de trouver des solutions, de bien jouer avec le vent. J'ai fait le match que je devais faire. » Il joue bien, frappe bien la balle, libère son bras, mais il lui manque ce supplément d'âme du compétiteur. Son jeu est sur le court, son esprit est dans l'avion, et son coeur est à la maternité.
Papa depuis trois jours, il crève d'envie de voir son premier enfant, Timothée, et sa compagne, Carine. Et papa Gilou a beau être professionnel, sa concentration décline au fil du match. Contre Philipp Kohlschreiber, cela peut passer. Contre le numéro 1 mondial, cela équivaut à une condamnation. « Cela se paie cash, traduit le Français, heureux d'aller retrouver sa nouvelle vie. Si tu écoutes la musique au changement de côté pendant deux jeux, tu te lèves et tu te fais breaker. C'est un peu plus dur. » Mais le Français joue le jeu, essaie et propose un vrai spectacle aux spectateurs du court Arthur-Ashe, toujours balayé par le vent. Au premier set, il tient le choc, mais le Majorquin breake à 1-1 grâce à d'intelligentes variations de rythme en revers slicés. Gilles Simon offre une bonne réplique du fond de court. Il ne regrette qu'un chose : « J'étais détendu, c'était un match hyper intéressant à disputer, je n'avais rien à perdre. Je regrette simplement de ne pas avoir été bon aux retours. Je pense que cela me coûte les deux premiers sets parce que cela jouait bien du fond de court et je servais bien malgré le vent.»
« Si tu écoutes la musique au changement de côté pendant deux jeux, tu te lèves et tu fais breaker. C'est un peu plus dur. »
Mais cette impuissance à la relance, un de ses points forts, révèle aussi une excellente qualité de service de Rafael Nadal. En trois matches, il n'a pas perdu un set, mais il n'a surtout jamais concédé son engagement. Sa première balle peut claquer jusqu'à plus de 217 km/h et 195 km/h en moyenne, il marque 91% de points sur ce coup et se donne donc de l'air. Vous ajoutez un revers retrouvé, une couverture de terrain jamais perdu et un coup droit fulgurant, cela fait beaucoup pour un jeune papa. Plus le match avance, plus ses difficultés s'accroissent. Dans la deuxième manche, il ne marque que deux points sur le service adverse et le Majorquin joue de mieux en mieux. « Je joue un peu mieux chaque jour. Aujourd'hui, j'ai fait un match solide, se réjouit l'Espagnol qui doit affronter son compatriote Feliciano Lopez en huitièmes de finale. J'ai encore bien servi, c'est très important. En fond de court, mon jeu de jambes et mes coups commencent à s'améliorer. C'est de mieux en mieux.»
Et dans le troisième set, Gilles Simon cède : « Au troisième set, j'ai vite compris que ce serait difficile de gagner. J'avoue que je n'ai pas été aussi combatif que d'habitude. Mais il jouait bien et avec le vent, ce n'était pas évident. » Quelques minutes après sa défaite, le Français arrive en conférence de presse, Rafael Nadal vient de quitter le court Arthur-Ashe après avoir signé des dizaines d'autographes et avoir glissé à son adversaire de « bien en profiter » lors de la poignet de main. Un champion, c'est aussi (et surtout) un être humain et l'Espagnol ne l'oublie jamais. Et le Français est déjà dans l'avion. - Sophie DORGAN, à New-York