Gaël Monfils se bat contre trois adversaires : Janko Tipsarevic, lui-même et le vent très violent. Dans des conditions difficiles, le Français finit par s'imposer (7-6 [4], 6-7 [4], 6-4, 6-4 en 3h42') contre le Serbe dans un long bras de fer un peu décousu. «C'était des conditions difficiles avec beaucoup de vent et une luminosité changeante. J'ai réussi à m'en sortir. Je suis satisfait d'avoir gagné, tout simplement. L'attitude était bonne parce que j'ai réussi à être compétitif, le tennis était moins bon aujourd'hui, explique le Tricolore. J'ai eu plus de mal à imposer mon jeu et plus de mal à m'adapter aux conditions. L'attitude m'a beaucoup aidé.» Comme souvent, le 19e mondial se retrouve pris dans la tenaille de l'équilibre entre l'attaque et la défense. Et le tombeur d'Andy Roddick ne l'aide pas paradoxalement avec ses douleurs à la cuisse au moment de servir pour la deuxième set à 5-4 et son changement de tactique. Le 44e mondial joue son va-tout, prend la balle plus tôt et suit au filet (22 montées au deuxième set sur 68 au total). L'agressé devient agresseur et distille le doute. Le Serbe n'a plus le choix, le Français a trop de choix...
Le chouchou du Grandstand hésite. Dois-je faire courir mon adversaire ? Ou faut-il l'agresser ? «C'était un peu bizarre. Il avait un peu mal et je me suis un peu tendu dans le tie-break, j'ai voulu faire des amorties pensant qu'il avait mal, relate la tête de série n°17. En fait, il n'avait pas mal (sourires). Il a mieux géré le tie-break que moi.» Quand les questions se posent, la réponse se traduit souvent par l'hésitation, l'approximation et la perte de la deuxième manche sur une amortie mal venue à quatre points partout. Si la Monf' n'a pas toutes les réponses, il possède une force : son physique et sa volonté. Il aime la bagarre et engage le bras de fer. En s'appuyant sur une première balle plus régulière au fil du match (17 aces, 61% de premières balles), un coup droit toujours aussi dévastateur (20 coups droits gagnants sur 56 points gagnants) et une couverture de terrain incroyable, il se bat. «Aujourd'hui, j'avais de moins bonnes sensations à cause des conditions, j'ai joué avec mon physique», souligne avec honnêteté le Tricolore.
«Ma tactique était super simple : mettre la balle dans le terrain et courir.»
Glissades, passings en bout de course et défense de martien enthousiasment le public et détruisent deux paires de chaussures ! Il use ses semelles et son adversaire qui baisse pavillon au troisième set (17 fautes directes, 45 au total). «Ma tactique était super simple : mettre la balle dans le terrain et courir, résume le Parisien. Roger (Rasheed, son entraîneur) me dit de vous dire qu'il est très content de mon match de paddle tennis.» Mais le 44e mondial veut prouver qu'il n'est pas l'homme d'un jour. Après son exploit contre Andy Roddick, il souhaite confirmer et il profite d'une petite passivité adverse pour reprendre sa marche en avant avec un break à 2-1 au quatrième set. Sur un petit passing de revers en glissant, le protégé de Roger Rasheed remet les choses au point le jeu suivant.
Plus agressif (19 points gagnants au 4e set, 56 au total), il enfonce Janko Tipsarevic qui craque à 4-4. Pour finir, un ace donne le ton, un deuxième rassure et une attaque de coup droit achève le travail. La Monf' dodeline de la tête, s'offre une belle accolade avec son adversaire et savoure l'ovation du public. Plus les tours passent, plus il oublie ses interrogations. Son physique prend le pas sur sa tête. Avec une bonne suée, Gaël Monfils occulte ses soucis et vit l'instant présent. C'est toujours bon signe. L'an dernier, il est arrivé le moral en berne à Bercy, il en est reparti le sourire aux lèvres... Comme toujours, tout est possible avec la Monf' et il prend les choses «au jour le jour». Et le prochain tour contre Richard Gasquet lui offre un parfum d'enfance : «Mon premier souvenir de Richard remonte à Bressuire, on avait 9 ou 10 ans et Gilou (Simon) avait trois balles de match contre lui.» Depuis, Gilou est devenu papa, Richard a vécu des déboires et Gaël se cherche, mais ils sont bien là . - Sophie DORGAN, à New-York