Même le bon vieux Paulo le poulpe n'aurait pu imaginer ça ! L'équipe de France élimine (3-0) l'Espagne, double tenante du titre, après la victoire (6-1, 6-2, 6-7 [6], 7-6 [5] en 3h05') de Julien Benneteau et Michaël Llodra contre Fernando Verdasco et Feliciano Lopez. Et cette qualification pour les demi-finales, contre l'Argentine ou la Russie, ne doit rien au hasard. Tout part du choix de la surface et tout finit par la force d'un groupe et de la densité du tennis français. «Eh les gars, l'équipe de France n'avait pas réussi à battre les Espagnols depuis 1923», interpelle Guy Forget.
Le langage du corps n'a jamais autant causé pendant ce week-end. Il suffit de regarder Fernando Verdasco. Pendant son simple, il râle, il conteste, il se frustre. Pendant son double, il râle, il conteste, il se frustre. Le mieux classé du week-end, 10e mondial, s'est transformé en maillon faible. Michaël Llodra, le moins bien classé du week-end, 35e mondial, s'est métamorphosé en grand patron. En simple comme en double, il a été immense. Sur cette surface et en salle, le Parisien possède bien la carrure d'un Top 10. En Coupe Davis, il révèle souvent le meilleur de lui-même et il a le sens du partage.
Dans cette épreuve vérité, les hommes de Guy Forget ont délivré un message fort. On ne parle plus de Mousquetaires ou de cadors, on voit simplement la victoire de l'humilité et du mental. Le scénario du double illustre cette volonté de ne rien lâcher. Pendant 1h29', Julien Benneteau et Michaël Llodra sont seuls sur le court de Clermont-Ferrand, ils mènent 6-1, 6-2, 4-2 (30-40 sur le service de Verdasco). Sur une seconde balle, le retour de revers de Michaël Llodra s'échappe et le match bascule (un peu). En conférence de presse, Gilles Simon et Gaël Monfils le chambrent sur ce retour raté : «Eh bien, bravo Mika !»
Au tie-break du troisième set, les Français s'offrent une première balle de rencontre. Un passing de coup droit de Fernando Verdasco éteint l'enthousiasme. Il faut attendre une heure pour voir la délivrance dans un second jeu décisif, la dernière volée de Michaël Llodra et l'émotion de Julien Benneteau et de tout le groupe. Il faut entendre le public entonner la Marseillaise, le 1, 2 et 3-0, "On est en demie", regarder Gaël Monfils arriver sur le court avec le drapeau tricolore, Gilles Simon courir pour draper Michaël Llodra. Dans les vestiaires, chacun a droit à la douche et à la joie s'ajoute le respect avec le défilé de toute l'équipe d'Espagne, venue féliciter les vainqueurs. - Sophie DORGAN, à Clermont-Ferrand