A 32 ans, le sale gosse du ski américain s'est enfin assagi et cette maturité tardive vaut de l'or. Un an après être parti par la sortie de secours des Mondiaux de Val d'Isère, au point d'envisager sa retraite sportive, Bode Miller a enfin conquis samedi le titre olympique qui consacre le skieur le plus talentueux de la dernière décennie. Comme un symbole, c'est le super-combiné, la discipline des champions polyvalents, qui lui offre l'or qui manquait à son palmarès. Après le bronze en descente et l'argent en Super-G, l'Américain a démontré tout au long de la journée qu'il disposait désormais de la sérénité qui transforme le talent en or. Dans son style toujours périlleux, Miller a d'abord sorti une très belle descente, en tête sur le haut du parcours et finalement septième avant le slalom (à 0''77) de Svindal. Face aux piquets, le slalomeur a retrouvé la précision qui avait fait ses premières gloires en Coupe du monde et la solidité qui lui a si souvent fait défaut (3e chrono). Acclamé dans l'aire d'arrivée par une foule survolée par les drapeaux américains, il accroche à son cou une cinquième médaille olympique qui rejoint ses cinq podiums en championnats du monde.
Les Etats-Unis ont déjà décroché huit médailles en ski alpin, alors qu'il reste quatre épreuves à disputer : trois pour Bode Miller, deux pour Lindsey Vonn et Julia Mancuso et une pour Andrew Weibrecht. Leur record précédent était de 5 médailles à Sarajevo.
Si la formule du super-combiné (une descente complète et une seule manche de slalom) a souvent attiré les critiques des techniciens, les spécialistes de la vitesse n'ont pourtant pas eu la partie facile sur un tracé tout en changement de rythme élaboré par Ante Kostelic, le père d'Ivica, médaille d'argent de l'épreuve. Neuvième de la descente, le slalomeur croate a profité de son aisance à changer de cadence entre deux portes pour se hisser sur la deuxième marche du podium. «Je ne me suis pas livré à 100 % car je pensais qu'une manche solide me permettrait de me battre pour une médaille. C'est tout ce que je voulais», le Croate, déjà deuxième de l'épreuve à Turin. «C'est bien d'avoir un slalom où on a besoin de réfléchir», s'est félicité le Suisse Silvan Zurbriggen, médaillé de bronze. Ce passage entre les piquets a ruiné les espoirs de Benjamin Raich, 6e après une faute dans le mur final, et surtout d'Aksel Lund Svindal : champion olympique du Super-G, en tête avant le slalom, le Norvégien se battait encore pour sa troisième médaille quand une faute de pied l'a éjecté du parcours dans les toutes dernières portes. Il laisse Bode Miller enchaîner seul un troisième podium en trois courses à Whistler.
Après s'être baladé pendant de longues années sur le circuit de Coupe du monde dans un bus transformé en écurie de course personnelle, Bode Miller a rejoint en début d'hiver l'équipe américaine et sur ces JO, c'est bien un collectif américain qui brille : ce titre en super-combiné est la huitième médaille récoltée par le clan US chez leur voisin canadien et Ted Ligety (5e), champion olympique en titre, a failli apporter sa contribution en réalisant le meilleur chrono du slalom (devant un autre Américain, Will Brandenburg !). Seulement trente-quatrième de la descente (à 4''03), Julien Lizeroux a disputé une manche de slalom très engagée (8e chrono) sur une piste dégradée qui le hisse à la 18e place, juste devant Thomas Mermillod-Blondin (19e) mais derrière Adrien Théaux (12e). «Je n'ai pas vu le slalom de Bode mais j'ai attendu le bruit de la foule lors de son passage», note-t-il. Pour avoir droit à sa clameur, Lizeroux aura rendez-vous avec le public canadien samedi prochain. - A. T.-C., à Whistler

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