L'encadrement de l'équipe de France n'a cessé de le dire : la cinquième place de Jason Lamy Chappuis à l'issue du saut n'était pas une contre-performance. Dernier concurrent à s'élancer sur le petit tremplin dimanche matin, le Français s'est élancé avec un fort vent arrière, le pire pour les sauteurs. «On était en colère car c'était limite comme conditions, explique le directeur de l'équipe de France Nicolas Michaud. Mais il a néanmoins sorti un saut énorme, très bon techniquement». «Les conditions m'ont fait perdre cinq mètres, estime le Jurassien. Sans le vent, j'aurais été au niveau du premier.»
Malgré une épreuve de saut assez frustrante, Lamy Chappuis n'a pas perdu sa sérénité avant la deuxième manche du combiné nordique, fidèle aux qualités qui l'ont porté au rang de numéro un mondial. «C'est vraiment quelqu'un qui ne lâche rien, commente le patron du combiné français. Il positive tous les événéments. Après le saut, il disait qu'il était encore dans le coup pour une médaille. Il pensait que c'était un peu plus dur pour l'or mais il ne partait pas abattu.» Lamy Chappuis confirme avec ses mots : «Depuis ma quatrième place en 2006, j'ai tellement travaillé pour cela. Je savais que 2010 serait mon année.»
Contraint de s'élancer en fond avec en retard sur les meilleurs sauteurs, Jason Lamy Chappuis a pu profiter de l'aide involontaire des Américains, Todd Lodwick (2e à 34'' après le saut) et Johnny Spillane (4e à 44''). «Ma stratégie était de partir fort pour intégrer le groupe des Américains, raconte le champion de Bois-d'Amont. J'étais dans le rouge dans les deux premiers tours et ensuite j'ai essayé de me reposer un peu. Je voulais garder des forces pour le final. J'avais de bons skis et je suis arrivé dans le dernier tour avec des réserves.» Champion olympique en 1992 et entraîneur pour le fond, Fabrice Guy complète : «Je l'ai senti moyen pendant deux tours et ensuite il est monté en régime ».
«C'est le meilleur skieur qui a gagné», souligne Michaud. Car le spécialiste du saut a pris de la caisse ces dernières années. Dans le sillage des Américains jusqu'au dernier kilomètre, Jamy Lamy Chappuis a géré au mieux ce moment de vérité : «J'ai vu partir Spillane dans la montée et j'ai cru que l'or était perdu. Mais dans la descente, il a ralenti et j'ai pu revenir sur lui dans le stade d'arrivée, raconte le vainqueur du jour. Les cent derniers mètres, c'était incroyable.» «Celui qui gagne le sprint, c'est celui qui en veut le plus », résume Michaud.
Jason Lamy Chappuis dispose de neuf jours pour fêter et digérer son titre olympique avant sa prochaine course, l'épreuve par équipes. «Le combiné est un sport individuel mais la dimension collective est importante, raconte le nouveau champion olympique. A l'entraînement, mes coéquipiers me poussent vraiment. Quand ils sautent plus loin, ils me poussent à me surpasser.» Avant de s'envoler vers de nouveaux objectifs, Flying Jason va tenter de revenir sur terre avec ses proches : «C'est un rêve devenu réalité. Je veux fêter cela avec ma famille qui est à Whistler. Ensuite, j'irai encourager mes coéquipiers de l'équipe. C'est cela aussi, les JO.» - A. T.-C., à Whistler

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