Il ne s'agit plus de combinaison mais carrément de bouclier ! Dimanche, à l'heure - enfin presque - de faire les bilans des Championnats de France, Francis Luyce, le président de la Fédération française et son directeur technique national, Christian Donzé, sont restés campés derrière leur position invraisemblable concernant le sujet épineux des combinaisons, ne cessant d'évoquer une sérénité ambiante au sein de la Fédération, alors qu'un malaise évident règne.
C'est le branle-bas de combat à 10h50, dimanche, à Antigone, alors que les séries du 1500 m libre sont en train de se dérouler. Vite, il faut aller en salle de conférence de presse car le président de la Fédération française, Francis Luyce, et le DTN Christian Donzé, vont dresser le bilan des Championnats de France, normalement prévu à 11h00. Les médias se pressent, et le président débute cinq minutes avant l'heure. Tant pis pour les retardataires. Après un rapide préambule de Monsieur Luyce, où le mot "sérénité" se fait écho, Christian Donzé remplit son rôle de DTN et détaille les bilans chiffrés de la compétition, en évitant de parler des problèmes de combinaisons. «Avant la fin de journée, il y a 29 athlètes qualifiés pour les Mondiaux, 16 filles et 13 garçons, c'est mieux que lors des éditions 2005 (19 nageurs) et 2007 (23). Puis il poursuit, évoquant «les 27 records battus avant les épreuves finales de l'après-midi. De mémoire, le précédent record des records de France battus était de 19 (...) Ce que je veux retenir, plus que les remous hors de l'eau, ce sont les performances réalisées par l'équipe de France».
La question qui dérange
Malheureusement, le sportif a été dépassé par la technologie. En décidant de s'aligner sur les règles de la FINA et de vérifier les combinaisons «sur la ligne d'épaisseur», comme l'a précisé le DTN, la FFN a été dépassée. Les Jaked, homologuées à Pékin, mais dont les derniers modèles n'ont pas été vérifiés, ont pris possession du bassin (20 records de France sur 27 par des nageurs équipés du produit), provoquant l'ire de certains nageurs, voire de certains entraîneurs. A l'image de Lionel Horter, entraîneur d'Amaury Leveaux mais également responsable du collège des entraîneurs nationaux. «Je suis écoeuré», avait-il lâché à l'issue de la finale du 100m où son élève, équipé d'une combinaison homologuée, avait pris la quatrième place. «Je suis blasé», a de son côté déclaré, dépité, le vice-champion olympique du 50 m. N'y a t-il pas un malaise dans les propos du nageur et d'Horter, possesseur d'une double casquette ? «Je n'ai pas de motif à essayer d'imaginer qu'il y ait un conflit quelconque», répond Francis Luyce. Sans en ajouter plus.
De «feriez-vous nager Alain Bernard avec une combinaison non homologuée aux Mondiaux de Rome ?» aux questions pures sur les combinaisons, sujet «suffisamment traité, évoqué, commenté», les réponses sont plus qu'évasives, jusqu'au silence complet sur une interrogation d'un confrère de L'Equipe. «Comment expliquez vous que vous songiez à interdire le port de combinaisons dans les championnats juniors ? C'est qu'il y a un problème avec les combinaisons non ?». Francis Luyce baisse la tête, Christian Donzé ne sait plus quoi dire. Il n'y a pas de vraie réponse. Le silence est éloquent et le malaise, bien présent. On en restera là sur ce débat. «Ce qui importe avant tout, ce sont les performances», répètent-ils. Minimalisées en raison de l'affaire des combinaisons, c'est un fait.
Quel gâchis ! D'avoir passé la semaine à parler plus de technologie que de résultats. D'oublier ces athlètes qui bossent comme des dingues, se lèvent à 5h00 du matin et font des sacrifices dans leur vie, pour voir leur performance se réduire à un "effet de combinaison". Frédérick Bousquet, vainqueur du 100 m, lui-même utilisateur d'une Jaked, a évidemment raison lorsqu'il dit : «il faut quand même nager, elle ne nage pas toute seule». Mais monsieur Luyce s'est aventuré à parler de valeurs du sport lors de la conférence de presse. L'égalité est l'une d'entre elles. Pas certain que l'ensemble des nageurs, de Yannick Agnel qui a nagé en slip de bain, à tous les autres équipés de combinaisons, soit du même avis.
Par Peggy BERGERE, envoyée spéciale à Montpellier

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