AUX PORTES D'UN NOUVEAU MONDE
Par Olivier PAQUEREAU (Ã Sestriere)

La médiatisation : « Sympa mais un peu gênant »
Un brin content, un peu incrédule tout de même, Roddy Darragon baigne dans un autre univers depuis deux jours mais essaye de rester simple, de ne pas se prendre la tête avec sa médaille d'argent. Mercredi, le skieur du Grand-Bornand a déjoué tous les pronostics en terminant deuxième de l'épreuve de sprint. Quelques jours plus tôt, il avait confié à L'Equipe.fr qu'il serait content s'il accédait aux demi-finales... «
En fait, il s'est passé plein de trucs positifs,raconte-t-il.
J'étais en forme. Mon matériel et ma glisse avaient été préparés de façon optimale. L'épreuve de qualification avait été dure mais j'ai ensuite gardé une fraîcheur physique en temporisant mes courses. Je savais, du coup, que je pouvais aller vite sur la dernière ligne droite. J'ai eu aussi la chance de ne pas me faire trop frotter par les autres concurrents. Et, en plus, je n'étais pas écrasé par l'enjeu.» A partir de là , on comprend un peu mieux comment ce garçon de 22 ans est parvenu jusqu'au podium. Mais maintenant, il faut assurer le statut de médaillé olympique, en passant notamment par une descente sur Turin en compagnie des filles du biathlon bronzées jeudi. «
J'avais une grosse soirée qui m'attendait chez moi, mais j'ai dû annuler. Pas grave. Ce que je vis, c'est quand même mieux que si j'avais fini dixième et étais aussitôt rentré à la maison.»
Depuis, Roddy Darragon surfe sur la vague de son succès sans pour autant plonger la tête la première. Il se souvient que quasiment personne ne l'avait appelé avant sa course et que depuis son portable a littéralement explosé sous le coup des appels et messages reçus. La nuit qui a suivi sa consécration a aussi été longue. «
Couché trois heures du matin avec un peu d'alcool dans le cerveau, réveillé à neuf heures avec un mal de crâne comme jamais je n'en avais connu.» Il est devenu un sujet de curiosité au sein de la délégation française. Parti voir le relais féminin de biathlon jeudi, il s'est trouvé sous le feu des caméras pendant quelques minutes. Lui, assis tranquillement dans les tribunes, alors que les télés se relayaient à ses pieds pour prendre quelques images. «
C'est sympa mais un peu gênant aussi. Je n'ai pas l'habitude. Mais ça peut avoir du bon dans ma carrière.» Déjà la veille, il avait eu droit à un autre exercice difficile : la conférence de presse officielle après le podium. «
J'ai essayé de ne pas dire trop de conneries (sic), d'être un peu crédible. On m'a dit que je ne m'en étais pas trop mal tiré.»
Jusqu'à la fin des Jeux, Roddy Darragon va savourer son bonheur olympique. Il loge au Village - «
J'avais pris la place des fondeurs dans notre chalet vu qu'ils étaient repartis en France. A leur retour, il a fallu aller dormir ailleurs» - et veut assister au maximum d'épreuves possibles. Ensuite ce sera le retour à la maison, «
là où je sais que je vais retomber sur terre». Il attend avec impatience de retourner skier dans les bois, d'être tranquille. Mais il a aussi pris conscience de ses possibilités : «
Je veux claquer d'autres courses.
Je sais que je peux aller chercher des podiums maintenant. C'est faisable. J'ai une grosse marge de progression.» Le tout prononcé avec une décontraction qui prend toujours le dessus.














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