A force d'avoir crié pendant le contre-la-montre derrière Alberto Contador, Yvon Sanquer avait la voix enrouée dimanche matin au départ de la 20e étape mais le sourire qui anime le visage du manager d'Astana disait beaucoup sur sa satisfaction de meneurs d'hommes. «Certains disaient que l'équipe ne serait pas à la hauteur. On ne méritait pas autant de critiques.» Des pavés d'Arenberg au Tourmalet, le groupe bâti autour du leader espagnol a en effet toujours répondu présent pour participer à la conquête du Maillot Jaune, même si la force collective d'Astana n'apparaît pas au classement final par équipes (6e à 56'16''). Même s'il a parfois joué sa carte personnelle (3e à Mende, vainqueur à Revel), le revenant Alexandre Vinokourov a parfaitement tenu son rôle de capitaine de route, frayant un chemin à son leader sur les pavés ou le replaçant en tête du peloton face aux risques de bordures. En haute montagne, l'Italien Paolo Tiralongo et l'Espagnol Dani Navarro ont rapidement éclipsé les Saxo Bank pour dicter le rythme, parfois même en bluffant pour cacher les mauvais jours d'Alberto Contador (Morzine-Avoriaz).
«C'est en bluffant que j'ai gagné le Tour de France».
Sa défaite lors de Paris-Nice 2009, sur laquelle Lance Armstrong avait cruellement insisté, avait contribué à dessiner Alberto Contador en leader nerveux pas toujours juste tactiquement. A l'issue du contre-la-montre entre Bordeaux et Pauillac, le Pistolero de Pinto a confirmé ce que sa cohabitation imposée avec Lance Armstrong avait laissé deviner : la guerre psychologique fait autant partie de ses armes que les accélérations en côte. «C'est en bluffant que j'ai gagné le Tour de France», a-t-il avoué face à la presse. «J'ai connu des moments difficiles, des moments de doute mais je ne l'ai pas montré.» Au-delà des amabilités apparentes avec Andy Schleck (attente après la chute à Spa, non sprint en haut du Tourmalet), Alberto Contador a su exploiter au mieux ses temps forts et minimiser les écarts les mauvais jours. A l'heure de présenter les qualités de son leader, Yvon Sanquer commence d'ailleurs par ce point : «Il a une sérénité et une force mentale qu'il accroît sans cesse. Il n'a jamais parlé de ses difficultés à ses coéquipiers ou aux directeurs sportifs même si on les devinait parfois. Samedi, on a rapidement vu sur le chrono qu'il n'était pas bien mais il a su rester concentré sur ce qu'il sait faire jusqu'au bout».
«C'est beau de voir une course où il faut compter ses efforts pour gagner, où la tactique a autant d'importance que le physique.» Yvon Sanquer
Réputé pour sa force d'accélération dès que la route s'élève, parti deux fois en solitaire au nez et à la barbe de ses rivaux lors du Tour 2009 (à Arcalis et à Verbier), Alberto Contador n'a pas réussi à prendre le meilleur sur Andy Schleck en montagne cette année. Les dix secondes glanées sur les hauteurs de Mende ont juste compensé les dix secondes perdues à Avoriaz et l'Espagnol a été heureux de profiter du saut de chaîne d'Andy Schleck à Luchon (39 secondes gagnées). Pour construire sa troisième victoire dans le Tour de France, Alberto Contador s'est contenté de profiter de sa supériorité en contre-la-montre : 42 secondes gagnées sur le leader de Saxo Bank au prologue de Rotterdam auxquelles se sont ajoutées 31 secondes au contre-la-montre de Pauillac. Ces écarts minimes, cette économie des efforts dans les étapes les plus dures font partie des indices qui font penser à un vainqueur du Tour de France plus humain. «C'est beau de voir une course où il faut compter ses efforts pour gagner, où la tactique a autant d'importance que le physique. On a vu quelques grands mouvements sur la course. Cela suffit à faire une belle victoire», s'est réjoui Yvon Sanquer. Après avoir accompagné Alberto Contador dans sa quête du Maillot Jaune, le manager va désormais devoir le convaincre de rester chez Astana. - A. T.-C., à Paris - Champs-Elysées
Twitter : thomas_lequipe

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