Tic tac, tic tac... 17 jours, 21 heures et 13 minutes (je vous fais grâce des secondes)... Voilà ce qu'affiche le compte à rebours au moment où cette chronique est publiée. Dans un peu moins de 18 jours, je serai en effet sur la ligne de départ de The North Face Ultra-Trail-du Mont-Blanc, à Chamonix, au milieu d'un peloton de 2500 coureurs, des petits « veinards » (si, si...) qui ont eu la chance de pouvoir participer à cette grand-messe du trail. Au programme, 166km, 9600m de dénivelé positif (et autant de ces maudites descentes), le tout à réaliser en moins de 46 heures. Pour d'autres adeptes des efforts longue durée, le grand jour va venir encore plus vite. Dimanche 15 août, ils s'attaqueront au Triathlon d'Embrun, réputé pour être l'un des plus durs du monde avec notamment son parcours vélo de 180km dont le Col d'Izoard et un marathon très exigeant.
Deux rendez-vous extrêmes qui ont mobilisé toute l'énergie des futurs participants depuis des mois. Leur corps mais aussi et peut-être surtout leur esprit. Mais que se passe-t-il donc la tête d'un coureur au moment d'aborder cette dernière ligne droite avant le grand jour ? Comment vit-on ces derniers instants où l'on cherche par tous les moyens à se convaincre que « ça va le faire », des journées où l'on cherche à chasser tous les doutes, toutes les pensées négatives, où il faut aussi éviter de trop amplifier et interpréter les messages d'un corps que l'on redoute de voir meurtri par les multiples entraînements. Des journées enfin où, en un instant, on passe de l'euphorie (« je vais la bouffer cette course ») à des phases de profonds doutes (« je n'ai pas le niveau, je vais mourir... »). En a-t-on fait assez ? N'en avons-nous pas trop fait ?
Petit sondage auprès de quelques membres de la communauté Kikourou, incontournable forum où se réunissent tous les adeptes de trail, ces courses nature en pleine explosion.
«Chacun doit avoir sa propre approche pour ce type de grand rendez-vous, un peu comme pour le baccalauréat ou le permis de conduire, raconte Chris38. Certains sont anxieux, d'autres faciles, certains révisent jusqu'au dernier moment, certains y vont sans (ou avec peu) de préparation. J'ai tendance à beaucoup y penser (trop ?) à cet UTMB même si je sais que ce n'est pas forcément bon, que ça engendre un peu de stress et que ça bouffe du jus (dont j'aurai bien besoin sur le parcours). Je me sers de mes expériences passées (réussies) pour me rassurer. Je me dis que si je passe à côté de mes objectifs/ambitions chronométriques, je me rabattrai sur celui de FINIR. J'ai hâte d'en découdre avec la montagne et de me retrouver sur les chemins pour de vrais moments de bonheur (mais pas que...). » «Avant une course j'ai toujours mal quelque part, lâche Leptichat. C'est rigolo mais le plus bizarre c'est que la douleur disparaît une fois la ligne de départ franchie.»
Si Rodio, Grand Maître Kikourou, pense comme Brassens « à Fernande » (avec les mêmes effets ?), Jeanphi69 apporte un autre éclairage. «Comme toutes mes courses-objectifs, je commence à somatiser, confie-t-il. Un bobo par ici (bon là, je suis limite blessure !), de la fatigue par là. Je pense à la ligne d'arrivée, comment je souhaite arriver. En courant, toujours, mais en levant les bras ? En hurlant ? En pleurant ? Je me rappelle mes plus belles courses, mon ressenti, mon euphorie du moment pour m'en souvenir dans les moments difficiles. Je pense à la bière que je boirai avec mon pote à l'arrivée. Je visualise au maximum du positif. Dans la dernière semaine, je me sentirai très las, très "en dedans". Cet état, je l'attends, l'espère même car c'est celui-ci en général qui me permet de me mettre complètement dans la course, de me concentrer.»
« TU ES L'OISEAU QUI TE SURVOLE, TU ES LA NEIGE QUE TU FOULES, LE CAILLOU QUI ROULE SOUS TA CHAUSSURE, L'ARBRE LE PLUS HAUT DE LA FORET. TU ES EN COMMUNION AVEC CE QUI T'ENVIRONNE. »
Cette volonté de positiver est un passage quasi obligatoire. Une sorte de Méthode Coué : « je vais bien, tout va bien ». «La fameuse "pensée positive", aide à aller de l'avant, à penser à l'après course, les bons moments d'avant, d'après, raconte Elcap. Je fais la course dans ma tête. Encore et encore. Je revis les moments d'entraînements, parfois durs. Pour me rassurer, me dire que j'ai fait au mieux. C'est du stress, du bon, et de la grosse envie d'en découdre avec le bonhomme, voir s'il est à la hauteur des espérances. Je suis dans la recherche du coté spirituel, du zen absolu, du gros trip.»
Cette démarche spirituelle souvent présente dès que l'on aborde l'ultra, Aleksou la symbolise parfaitement : «L'expérience amène en principe une plus grande sérénité, une plus grande confiance en soi. Après quelques situations réelles on se connaît mieux. L'objectif principal est atteint quand je me trouve au point de convergence, au point d'équilibre. Quand l'émotion du moment se libère dans le moment ! C'est un mélange de sensations physiques et psychiques, comme si tout communiquait : tu ne fais pas d'efforts, tu flottes. En fait dans ce moment-là tu es l'oiseau qui te survole, tu es la neige que tu foules, le caillou qui roule sous ta chaussure, l'arbre le plus haut de la forêt, tu es... en communion avec ce qui t'environne. Et ta Garmin, ben, tu t'en fous ! Pensez "plaisir" et vous ne craindrez plus le reste.» Y a plus qu'à ! Tic tac, tic tac...
PASCAL GREGOIRE-BOUTREAU
(Twitter : @pgb51)

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