«Une course nature à Paris ? Et pis quoi encore ? Ils nous prennent vraiment pour des jambons les parigots. Et ils vont les trouver où leurs sentiers et leurs forêts au milieu de leur périph' et de leurs immeubles ? Courir au milieu des bouchons et de la pollution, sûrement pas !» Il y a un peu plus de deux ans, quand quelques fondus d'ultra et de trail lancèrent l'idée d'organiser une course nature en Île-de-France, le scepticisme était de rigueur. «Ce n'était même pas du scepticisme, se souvient Jean-Charles Perrin, membre des Trailers de Paris Ile-de-France et organisateur de l'Eco-Trail de Paris. C'était juste un truc inconcevable. L'idée est venue sur un quai de gare en avril. Avec d'autres coureurs nous nous sommes dit : ''on s'entraîne chez nous sur des terrains propices à notre pratique, on trouve des trailers franciliens sur toutes les courses en province, alors pourquoi ne pas organiser une course ?'' Notre chance fut d'être inconscients.» Dix mois plus tard naissait l'Eco-Trail de Paris.
La première année, 815 coureurs se laissèrent convaincre de tenter l'aventure, souvent attirés par la perspective d'une ligne d'arrivée fixée au premier étage de la Tour Eiffel pour le moins originale. Le succès fut immédiat. A l'image de Vincent Delebarre, quelques grands noms du trail, venus sans trop savoir ce qui les attendait repartirent enthousiastes avec la satisfaction d'avoir couru «un vrai trail». Le bouche à oreille, relayé sur les forums dédiés à la course (kikourou, ultrafondus, Jogging, run in live, etc) a vite fait de l'Eco-Trail un rendez-vous majeur de la saison.
« C'ETAIT JUSTE UN TRUC INCONCEVABLE. NOTRE CHANCE FUT D'ÊTRE INCONSCIENTS. »
Souvent utilisé à toutes les sauces avec un arrière goût démago, le discours écolo prend cette fois une forme concrète. Cinq euros du montant de l'inscription (75 ou 85 euros) sont ainsi remis à l'Office National des Forêts dans le cadre du financement de la réhabilitation de mares et de cyprès chauves dans le bois de Metz. Le 50 km, qui s'élancera du parc du Château de Versailles, soutient lui le projet de restauration d'une statue du château. Enfin, cette solidarité non seulement affichée mais aussi concrétisée s'exprimera également sur le 18 km avec le soutien (1 euro par inscription) des associations Trans-Forme et le Rire Médecin. Pour encourager les gens à se rendre au départ en train et non en voiture, le ticket de RER est également fourni par l'organisation. «Nous ne faisons pas des choses révolutionnaires ni très ambitieuses, souligne Perrin. Mais c'est important pour nous.»
Deux ans après la création de l'épreuve, les organisateurs ont prouvé que ces fameuses courses nature n'étaient pas réservées aux territoires montagneux et aux grandes étendues sauvages. Depuis décembre, la course, deuxième des dix étapes du Trail Tour National (TTN) long, affiche complet. Les 1 500 places se sont arrachées en quelques jours. Au total de toutes les courses, ils seront près de 5000, venus de 84 départements et de 27 pays, à écumer les sentiers franciliens.
Pour le 80 km, départ à 12h30 de la base régionale de loisirs de Saint-Quentin-en-Yvelines, direction la forêt domaniale de Versailles, puis les bois de Meudon (avec passage dans le parc de l'Observatoire de Meudon pour la première fois ouvert), Clamart, Chaville, Ville-d'Avray, passage dans le magnifique cadre du Haras de Jardy puis dans le Parc de Saint-Cloud, avant de rejoindre les bords de Seine, de traverser le parc de l'Île Saint-Germain et de pouvoir enfin gravir les marches menant au premier étage de la Tour Eiffel après 6 heures d'effort pour les premiers et jusqu'à 12h30 pour les derniers.
«Nous voulions une course pour mixer l'urbanisme et la nature et pour mettre en avant le patrimoine culturel et naturel, explique Jean-Charles Perrin. Le parcours est composé à 92% de sentiers. Nous nous appuyons aussi sur les valeurs du trail : éthique sportive, sécurité, respect (des coureurs, des bénévoles et de la nature), semi-autonomie (seulement 4 ravitaillements), authenticité (pas de primes), convivialité et exploration de ses limites. On voit bien en province que l'image du Parisien n'est pas très flatteuse. On essaie aussi d'inverser ça et de montrer qu'en région parisienne, il n'y a pas que des bouchons et de la pollution. On a en plus un patrimoine monstrueux et on veut le partager. Ce sont des valeurs simples mais que le trail permet de cultiver au quotidien.»

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