Laure Manaudou avait déjà tout gagné. Aujourd'hui, elle est entrée dans la catégorie des géants. Ceux qui gardent leur titre. Ceux qui maîtrisent la pression. Ceux qui sortent la course le jour J. Ceux qui dominent tous les éléments. Les éléments sportifs d'abord et avant tout. Comme toujours, elle est partie vite, très vite. «Il faut que les gens nagent avec leur qualité, il ne faut pas nager contre-nature. Elle a la caisse, le mental, la tronche, explique Philippe Lucas. Je sais ce qu'elle peut faire, je suis le seul au monde à le savoir, cela ne m'impressionne donc pas comment elle part. C'est exactement ce qu'il faut faire.»
Et lors des 300 premiers mètres, elle est en-dessous du record du monde. Puis elle doit tenir. Et son mental fait le reste. Comme toujours. Otylia Jedrzejczak se rapproche, mais la Française tient le choc et finit par s'imposer en 4'02''61 avec plus d'une seconde d'avance sur la Polonaise (2e) et plus d'une seconde et demie sur la Japonaise Ai Shibata (3e). «Ça s'est passé comme je voulais, je suis partie vite. Je voulais un peu casser la tête des autres en partant vite, en sachant que cela allait être dur de me rattraper à la fin. Ça a été difficile au deuxième 200, j'avais mal aux jambes, il y aurait eu un 100 m en plus, cela aurait été un peu plus dur», avoue la championne qui se montre surtout soulagée à l'arrivée. Même son coach, parfois avare en compliments, est convaincu : «Il n'y a rien à dire, elle est championne du monde, elle garde son titre, c'est une grande compétitrice. (...) Ce que j'ai aimé, c'est son engagement.»
Une moue dubitative consacre sa victoire. Etonnant ? Non. Signée Manaudou. Elle veut toujours plus et c'est sa force. «J'étais un peu déçue en arrivant en voyant mon temps parce que c'était un peu un rêve de nager en Australie devant tous les spectateurs, j'aurais aimé avoir un record du monde, précise la Française. Mais j'ai eu ce que je voulais, le titre de championne du monde. Il y a quand même un peu de déception, mais je le ferai l'année prochaine aux Jeux.» Et ce soulagement se mesure à la hauteur de cette fameuse tension.
Au-delà des éléments sportifs, elle a vaincu la pression extérieure. «Je ne ressens pas la pression au niveau des Français, mais surtout au niveau des journalistes, avoue la double championne du monde du 400 mètres. Je ne peux pas me tromper, arriver deuxième. C'est plutôt cela ma peur, ce sont les journalistes. C'est assez stressant. Non, ce ne sont pas les Français qui me stressent, c'est juste vous (sourire).» Nos yeux scrutateurs au bord du bassin sont pourtant un regard admiratif. Et si Laure Manaudou ne peut pas arriver deuxième, c'est avant tout parce qu'elle ne le veut pas et les journalistes n'y sont pour rien. Heureusement, elle détient toutes les clés et s'ouvre très grand les portes de l'histoire du sport français.

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